Guide complet sur la dérogation mineure en urbanisme au Québec : définition, cadre légal, critères, procédure, délais et coûts.
En urbanisme, la réglementation normative existe afin d'encadrer l'utilisation et l'aménagement du territoire. Cependant, les normes ne peuvent pas prévoir toutes les configurations particulières de bâtiment ou de terrain, puisqu'elles s'appliquent de façon générale à des zones entières. Lorsqu'un projet ne répond pas à une norme, la municipalité doit alors refuser l'octroi du permis, ou bien modifier son règlement : deux réactions qui peuvent sembler démesurées par rapport à l'ampleur réelle de l'écart constaté.
C'est là qu'intervient la dérogation mineure, un outil pensé pour combler ces angles morts de la réglementation.
La dérogation mineure est une procédure d'exception permettant d'autoriser des travaux qui ne satisfont pas aux dispositions du règlement de zonage ou de lotissement. Il s'agit d'un outil discrétionnaire et transparent mis à la disposition des citoyens afin de déroger, dans une mesure limitée, à la réglementation municipale.
L'évaluation d'une dérogation mineure se fait au cas par cas. Il n'existe d'ailleurs pas de définition universelle ou juridique de ce qui constitue une dérogation «mineure » : c'est le conseil municipal qui juge du caractère mineur ou majeur de la dérogation demandée.
Les dérogations mineures trouvent leur source aux articles 145.1 à 145.8 de la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme (LAU).
L'article145.1 précise notamment que le conseil d'une municipalité dotée d'un comité consultatif d'urbanisme (CCU) peut adopter un règlement sur les dérogations mineures aux dispositions des règlements de zonage et de lotissement, à l'exception de celles relatives à l'usage et à la densité d'occupation du sol. Ces dérogations doivent également respecter les objectifs du plan d'urbanisme de la municipalité.
Pour qu'une dérogation mineure soit accordée, l'article 145.4 de la LAU énumère quatre critères. Puisqu'ils sont cumulatifs, ils doivent tous être respectés :
La loi prévoit toutefois une exception : le conseil peut accorder une dérogation même si elle a pour effet d'accroître les inconvénients inhérents à la pratique de l'agriculture.
Il est important de comprendre que même lorsque ces quatre critères sont remplis, le conseil municipal n'est pas tenu d'accorder la dérogation : il s'agit d'un pouvoir discrétionnaire. La décision finale appartient au conseil, qui peut refuser une demande même en présence des quatre critères remplis.
Depuis 2021, la LAU interdit d'accorder une dérogation mineure dans un lieu où l'occupation du sol est soumise à des contraintes particulières pour des raisons de sécurité ou de santé publiques, de protection de l'environnement ou de bien-être général. C'est notamment le cas des zones inondables, des zones exposées aux glissements de terrain et des abords de certaines activités à risque. Avant d'entreprendre une demande, il faut donc vérifier si le terrain visé est assujetti à de telles contraintes : c'est une cause fréquente de refus, souvent méconnue des demandeurs.
Bien que la procédure varie légèrement d'une municipalité à l'autre, les grandes étapes sont généralement les suivantes :
Le délai varie selon la municipalité et le calendrier des séances du CCU et du conseil, mais il faut généralement compter de deux à quatre mois entre le dépôt de la demande et la décision. L'avis public obligatoire, qui doit précéder la séance du conseil, allonge nécessairement le processus.
Les frais d'étude exigés au dépôt varient également : de quelques centaines de dollars dans la plupart des municipalités, ils peuvent dépasser 3 000 $ dans certaines grandes villes. Ces frais ne sont habituellement pas remboursables en cas de refus, d'où l'importance de bien évaluer son dossier avant de le déposer.
Un refus de dérogation mineure n'est pas nécessairement définitif. Selon les circonstances, il peut être possible de présenter une nouvelle demande bonifiée, d'explorer d'autres outils réglementaires (comme l'usage conditionnel ou le PPCMOI), ou de contester la décision selon les recours applicables. Logha peut vous accompagner à travers ces solutions afin de faire avancer votre projet.
La dérogation mineure vise à déroger à une norme du règlement de zonage ou de lotissement (implantation, marge, hauteur, etc.), à l'exclusion de l'usage et de la densité. L'usage conditionnel, lui, permet d'autoriser un usage qui ne serait autrement pas permis dans la zone, sous certaines conditions.
Non. L'article 145.1 de la LAU exclut explicitement les dispositions relatives à l'usage et à la densité d'occupation du sol.
Généralement de deux à quatre mois entre le dépôt et la décision du conseil, en raison des étapes d'analyse par le CCU et de l'avis public obligatoire. Le délai exact dépend du calendrier des séances de chaque municipalité.
En principe, non. La LAU interdit les dérogations mineures dans les lieux soumis à des contraintes particulières pour des raisons de sécurité ou de santé publiques ou de protection de l'environnement, ce qui inclut notamment les zones inondables.
La dérogation mineure demeure l'un des outils les plus utilisés de la boîte à outils réglementaire municipale. Entre les critères cumulatifs, le pouvoir discrétionnaire du conseil et les exigences procédurales propres à chaque municipalité, une demande mal préparée risque de se heurter à un refus, même lorsque la situation semble justifier une exception.
Chez Logha, nous accompagnons les citoyens et les professionnels dans leurs démarches auprès des municipalités afin d'entreprendre des projets de qualité. Si vous envisagez une demande de dérogation mineure pour votre projet, notre équipe peut vous aider à évaluer vos chances de succès avant même de déposer votre demande.
Sources: Loi sur l'aménagement et l'urbanisme (RLRQ, c. A-19.1), art. 145.1 à 145.8 —legisquebec.gouv.qc.ca ; Guide La dérogation mineure, ministère des Affaires municipales et de l'Habitation (MAMH).
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